Le président américain George Bush serait-il en train de changer de cap en matière de politique étrangère? Après les années d'isolationnisme, puis d'interventionnisme à outrance sous couvert de « Nation building » (Afghanistan, Irak), l'administration américaine semble reprendre le chemin du dialogue et recourir à une diplomatie plus traditionnelle.
Ce changement politique s'est amorcé en novembre dernier, quand l'opposition américaine a remporté la majorité au Congrès. Une majorité démocrate favorable à un retrait américain du sol irakien et à une politique étrangère plus consensuelle.
Depuis, malgré l'obstination du président Bush qui a demandé au Sénat des crédits supplémentaires pour l'envoi de nouvelles troupes en Irak, les changements se font sentir. Dernier en date, la participation des Etats-Unis à une conférence internationale sur la paix et la sécurité en Irak, le 10 mars à Bagdad. Conférence à laquelle devraient participer la Syrie, mais aussi l'Iran. Organisée à l'initiative du Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, la conférence réunira les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, les six voisins de l'Irak (Iran et Syrie compris), la Ligue arabe et l'Organisation de la conférence islamique.
Cette initiative diplomatique intervient moins de trois mois après la remise au président américain, George Bush, début décembre, du rapport de la Commission Baker sur l'Irak, dont l'une des principales recommandations était de "construire un consensus international en faveur de la stabilité en Irak et dans la région".
Selon la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, la rencontre du 10 mars est une première réunion au niveau de hauts responsables, suivie d'une deuxième réunion, au niveau ministériel, sans doute en avril "avec les mêmes invités plus le G8".
On est donc loin de l'époque où les Etats-Unis se passaient de l'accord de l'ONU pour lancer son offensive en Irak. Les Etats-Unis qui cherchent depuis des mois à se retirer d'Irak de manière élégante, sans laisser derrière eux un pays exsangue et en proie à la guerre civile, sont en train de réaliser que ce retrait ne se fera pas seul. Plus loin encore, il ne se fera pas sans la coopération de la Syrie et de l'Iran, deux Etats accusés par Washington de soutenir le terrorisme irakien.
Ce changement de cap ne constitue toutefois pas un revirement diplomatique. Sur le front israélien, les Etats-Unis ont intimé à plusieurs reprises Jérusalem de ne pas entreprendre le dialogue avec la Syrie, et ce malgré la timide main tendue de Damas. L'amorce d'un dialogue avec le régime d'Assad ne se justifierait que sur le front irakien, quand il s'agit de sauver les intérêts américains. Pourtant, le même Baker le déclarait encore récemment : inclure la Syrie au processus de paix israélo-palestinien pourrait favoriser la stabilité dans l'ensemble de la région. Irak compris.
Jérémy Devray-Bénichou
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