Editorial de Ghislain Richer

Israël et la paix

" Israël était à feu et à sang mais c'était le seul lieu ou j'avais le sentiment de me trouver au calme " Marc Weitzmann

J'avais lu " Notes sur la terreur " de Weitzmann avant mon séjour en Israël en Mars 2008. Cette phrase m'avait complètement échappé. À mon retour, j'ai senti le besoin d'une deuxième lecture, et cette fois, la même phrase m'a frappé de plein fouet. Je suis né et j'ai été élevé à Arthabaska, petite ville au centre du Québec. À six ans, je ne connaissais rien des villages voisins, situés à quelques kilomètres , St-Valère, St Norbert, St-Albert.Pourtant je pouvais discourir pendant des heures de Jérusalem, Bethléem, Nazareth. J'ignorais le nom du maire de ma ville, mais je pouvais relater la biographie de David , Salomon, Hérode; même Nabuchodonosor m'était plus familier que l'évêque de mon diocèse.

Je pensais ces premiers enseignements religieux perdus bien loin dans mon subconscient, sinon complètement occultés pas les vicissitudes d'une vie trépidante ne laissant que peu de place aux souvenirs imposés par une formation religieuse depuis remplacée par des cours de morale aseptisée. Je faisais erreur. Lorsque je suis arrivé à Jérusalem, j'étais chez moi. Jérusalem était ma ville.

À aucun moment, même pas une fraction de seconde, je m'y suis senti en touriste. Et plus j'arpentais les différents quartiers de Jérusalem, plus s'installait en moi le sentiment d'appartenance. Et cette sensation, tellement apaisante, était présente sur tout le territoire de Jérusalem, sans égards à mes attaches religieuses. Je ne me suis pas senti plus à l'aise à l'Église du St-Sépulcre qu'à l'Église de Sainte-Anne dans le quartier musulman, ou dans une mosquée ou une synagogue dans le quartier Arménien. Au mur des lamentations, je suis demeuré en prières durant une demi-heure après avoir laborieusement inséré entre les pierres du mur mes intentions.

Il m'est difficile d'expliquer ce sentiment . Les gens sont souvent vêtus différemment, les juifs hassidiques, les orthodoxes ou les musulmans.sans parler des jeunes filles lourdement armées à chaque coin de rue. Pourtant, j'étais incapable de me sentir dépaysé. Je viens d'une campagne où même les vaches s'ennuyaient. À Sherbrooke où je vis, les policiers ne sont pas toujours armés. La question ne se pose même pas quant aux pompiers. Par contre, à Sdérot, les pompiers sont armés. J'ai passé une journée dans cette ville de 25,000 habitants et je n'ai vu personne à l'extérieur. J'ai été reçu chez une femme, une mère de famille, institutrice, incapable de pratiquer sa profession depuis plusieurs années suite à une attaque du Hamas.

Pour la première fois de ma vie j'ai été confronté avec la terreur, la terreur dans les yeux de cette femme. Je me suis senti en osmose avec cette personne comme avec cette autre, soeur Christine, au mont des Oliviers. Elle m'a fait découvrir le désespoir, celui auquel condamne le pragmatisme devant l'acharnement de deux camps à consacrer toutes leurs énergies et leur intelligence à rendre irréconciliable leurs positions respectives. Soeur Christine, une française, exprimait dans des mots simples son incompréhension.

Elle le faisait sans juger et sans prendre parti. Même chez cette femme de Sdérot, je n'ai jamais entendu un mot dur, une condamnation, sortir de sa bouche. Seulement un commentaire "Lorsqu'un enfant kamikaze fait sauter un autobus, le lendemain, à la télévision palestinienne, il y a une femme pour revendiquer la gloire que son fils fait descendre sur sa famille. Aucune mère juive ne pourra jamais faire cela " Je n'ai aucune idée à quoi tient ce lien entre Israël et moi. J'ai rapporté chez-nous, trois ménora, un narguilé.

Ma femme Suzanne a hérité de la croix de Jérusalem et je porte continuellement sur moi l'étoile de David. Mon arbre porte le numéro 41694 Dans tous mes voyages il y deux endroits physiques où je me suis senti près de Dieu. À Patmos, dans la grotte où St-Jean a écrit l'apocalypse et à Jérusalem. À mon retour, mes amis, Suzanne, tous me demandaient si j'avais eu peur. Non, en Israël , je n'ai jamais eu peur, même à Sdérot. Ce pays est pour moi une source de sérénité intérieure qui fait de moi une meilleure personne.

Pour être en paix, il faut aller en Israël.
À l'an prochain à Jérusalem.

Ghislain Richer

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